Comprendre la surdité de l’enfant

Ce que signifie une déficience auditive chez l’enfant, ce qui change dans son développement et le rôle du suivi logopédique/orthophonique.

Classification des pertes auditives

On distinguait autrefois quatre degrés de perte auditive — légère, moyenne, sévère, profonde — calculés sur une moyenne des seuils auditifs. Depuis 2026, la classification de référence (BIAP, recommandation 02/2) distingue 7 degrés, évalués oreille par oreille plutôt que sur une moyenne globale, et alignés sur les repères de l’Organisation Mondiale de la Santé (2021). Le degré oriente l’appareillage, mais il ne prédit pas à lui seul le développement du langage de l’enfant : l’âge au diagnostic, l’âge à l’appareillage ou à l’implantation et l’environnement langagier pèsent au moins autant.

L’âge auditif

Vu les intrications entre les compétences auditives et le développement du langage oral, il est important de prendre en compte non pas la date de naissance de l’enfant, mais le moment où il a eu un accès auditif restauré. Cet « âge auditif » constitue une notion centrale de la prise en soin : un enfant implanté à 12 mois a, à ce moment-là, une expérience auditive comparable à celle d’un nouveau-né. C’est ce repère — pas la date de naissance — qui permet de situer les progrès de l’enfant sans les comparer à tort à ceux d’un enfant entendant du même âge civil.

Les approches de communication

Langue des signes ou langue orale : l’éternel débat… ou pas.

Lorsque des parents reçoivent un diagnostic de perte auditive sévère ou profonde pour leur enfant, plusieurs questions surgissent — et celle de la langue arrive souvent en tête : quelle langue mon enfant va-t-il pouvoir apprendre ? Pourra-t-il développer une langue orale, le plus souvent celle de ses parents ? Doit-il apprendre la langue des signes ?

Ces questions sont légitimes et essentielles pour son développement. Dans la littérature comme dans la population, le choix divise. Pourtant, la vraie question qui se pose est : quel projet de vie souhaitez-vous pour votre enfant ?

Sur le plan linguistique, trois projets sont possibles :

  • que l’enfant développe une ou plusieurs langues orales — le plus souvent la langue maternelle des parents, en majorité entendants ;

  • qu’il développe la langue des signes, une langue identitaire, riche, partagée par une communauté de personnes sourdes, qui peut apporter des éléments essentiels à son développement ; ou

  • qu’il s’épanouisse dans les deux langues, dans un projet bilingue.

Une langue s’apprend en grande partie grâce au bain de langage : pour se développer, la langue des signes comme la langue orale demandent une exposition régulière et des modèles de langage riches. Si votre projet est que votre enfant développe la langue des signes, seule ou en parallèle de l’oral, il doit nécessairement y être exposé — la question se pose de la même manière pour la langue orale.

La difficulté propre à la langue orale, c’est que l’enfant avec une déficience auditive reçoit, au départ, un input plus pauvre — en qualité comme en quantité. La question devient alors : comment soutenir cet input ? C’est le rôle de la rééducation logopédique, qui peut s’appuyer sur trois voies : un soutien visuel, par la lecture labiale et la Langue française Parlée Complétée (LfPC, ou Cued Speech), qui ajoute un code manuel autour du visage pour la renforcer ; un soutien gestuel, par des signes issus de la langue des signes ajoutés sur le flux de parole, comme dans le Français Signé ; ou un soutien auditif, en modifiant le message transmis à l’enfant pour qu’il soit plus facilement traité — c’est le point d’ancrage de l’Auditory-Verbal Therapy (AVT).

Le choix du renforcement le plus pertinent — visuel, gestuel ou auditif — suscite de réels débats, y compris dans la littérature. Il dépend de nombreux facteurs : l’importance de la perte auditive, l’âge de l’enfant, et surtout le projet linguistique que vous souhaitez pour lui.

Pour aller plus loin, avec les références complètes → page Ressources théoriques et littérature.

Pour comprendre spécifiquement l’AVT et à qui elle s’adresse → page L’AVT.

Le rôle de la logopédie

Un suivi logopédique, ou orthophonique, adapté à l’âge auditif de l’enfant vise à soutenir le développement du langage — compréhension et expression — quelle que soit l’approche de communication retenue par la famille. Il ne remplace ni le suivi médical (ORL, audiologie) ni le choix, personnel à chaque famille, d’une approche de communication : il s’articule avec eux.

Vous êtes parent → Découvrir le suivi logopédique, ou l’AVT en particulier

Vous êtes professionnelle → Les ressources théoriques et les formations